Proposition 1- S.3 Acrylique + huile / toile . 200 x100 cm
Elle est vivante. Elle peut bouger. Je peux la soulever, la déplacer, la porter, l’accrocher par en haut, pas en bas, pas le côté, par la courbe ou par l’angle.
Trois formes, le plus souvent, parfois quatre au plus. Ne pas peser, ne pas surcharger. Une couleur, ou trois couleurs si trois formes, d’une élégance minimale.
La même peinture ? Une autre peinture dans la peinture, et retour ?
Trois bandes, trois bandes qui pourraient se dérouler à l’infini. Là, le cercle est transformé, déformé.
Enroulés, closes et pourtant étrangement ouvertes, et l’air y est fluide.
Pleines, creuses : une cellule.
Une cellule de bois, de quelques centimètres de largeur et d’une fine épaisseur.
Une forme, des formes cellulaires. Chez cet ancien biologiste, la vie a éclos en peinture.
Tout ce qui est peint est visible et fait pour l’être. Lui donne sa fonction de peinture.
Sans quoi la cellule de bois pourrait être n’importe quoi d’autre.
L’acrylique dont se sert Michel Dejean donne ce ton uni, lisse, obtenu par le passage d’une dizaine de couches.
Pas de tourment ici, plutôt la tranquillité. De toute façon, cite-t-il « la tristesse est inhabitable ».
Pas d’épaisseur, mais un monde posé à plat, où marcher la tête en l’air.
Pas de matière, presque, juste cette couche de peinture.
Autrefois le peintre peignait tout autrement et d’autres choses. Il construisait sa toile comme il aurait construit une ville, New York, dont il aimait les architectes Eisenmann, Gehry, Moos, par exemple, dans les années 85/90. Une ville existe par elle-même, est « magique » ou pas, par elle-même. Une œuvre d’art aussi.
Ce qu’elle comporte de secret, le sacré, est protégé par l’artiste, qui n’essaie pas de percer l’énigme, juste de la laisser en creux, de l’offrir en présence silencieuse.
A l’encontre de tout message, Michel Dejean ne délivre rien que la liberté de l’oeuvre elle-même.
Pour cela, il sort de l’atelier.
Il faut à ce travail une exposition, il n’existe pas sans être exposé, sorti, vu, touché, manipulé.
Un peintre non narcissique : Peu importe comment va le peintre quand il travaille : ça ne se voit pas.
L’autorité est à l’œuvre, pas au créateur, celui-ci se tient en deçà.
« Un état en cache un autre », en livre le creux, le verso, et est un cache de l’état d’âme.
Ce n’est pas le peintre qui intervient dans la vie de l’œuvre, ce sont les autres :
je peux la soulever, la déplacer, la porter, l’accrocher par en haut, pas en bas, pas le côté, par la courbe ou par l’angle :
« Chargée de sa couleur, de densité, de sa matérialité », car en effet, ce qui semble si léger est en même temps intensément un monde sensible.
D’où l’idée qui effleure que l’on est ici entre la peinture et la sculpture.
Ni la forme ni la toile ne sont fixes et elles peuvent être dedans ou dehors, et faire évoluer l’espace autour d’elles.
Couleurs : turquoise, violet, brun, rose, orange…
Acidulée, et comme transparente. Très vives, à base de métal. Acide, zinc.
Un ciel, au fond, dans ce fond.
Horizon – des horizons.
Sol. Qu’en est-il du support


